Cela fait des années maintenant que le poker en ligne est la source de nombreux débats au sein de l'Hexagone, tant sur le plan légal que sur le plan financier et fiscal; et dernièrement le côté
fiscal de ce jeu a tendance à grandement ressortir.
Depuis 2010, le poker en ligne en France est devenu officiellement légal, sous certaines
conditions. Des conditions qui sont mises en vigueur par un organisme créé par la loi "sur l’ouverture à la concurrence du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne" : l'Autorité
de Régulation des Jeux en Ligne (ARJEL).
l'ARJEL, la loi en 2010 et ses conséquences
L'ARJEL fut créée afin d'envelopper l'industrie des jeux d'argent sur internet dans un système légal, et avec elle, plusieurs règles strictes furent mises en
place dans le but de contrôler les divers aspects des jeux d'argent. Par exemple, l'obtention obligatoire par un opérateur (dit "room", salle en anglais) d'une licence pour qu'il puisse
exercer dans le pays.
Parmi les autres mesures, de nouvelles taxes, la restriction du marché sur le territoire français et autres; maintes directives qui au final affectent grandement les bénéfices générés par
l'ensemble du marché.
Ainsi un opérateur licencié se doit de payer certaines taxes, le joueur aussi paye une taxe à hauteur de 2% de ses mises et voit son taux de retour plafonné à 85%. En 2010, le monde du poker en
ligne se sentait déjà menacé par ces mesures, estimant la fiscalité trop forte.
La situation actuelle, les demandes de chacun et la réponse du gouvernement
Un an plus tard, le marché n'a pas belle allure : tous les opérateurs ne dégagent aucun bénéfice en France. Les raisons avancées sont la fiscalité en effet trop forte, la nature des taxes
appliquées et le fait que le nombre de joueurs n'a pas augmenté.
Les opérateurs ont affirmé qu'il fallait s'orienter vers la taxation du Produit Brut de Jeux (PBJ) plutôt que vers la taxation des mises des joueurs. Un changement estimé
nécessaire. En Septembre dernier, l'ARJEL avait même rédigé un rapport allant dans le
même sens, recommandant de faire baisser la fiscalité des jeux d'argent en ligne en s'alignant sur le modèle européen.
Ce à quoi le gouvernement a répondu par la négative. Dans un rapport rendu le 26
Octobre par Valérie Pécresse, il est affirmé que modifier la fiscalité en faveur d'une taxation sur le PBJ représente un risque d'évasion fiscale, du fait que cela reviendrait à taxer les
"rooms" sur leur revenu et non sur leur chiffre d'affaire. Pire encore, Valérie Pécresse souhaite renforcer la fiscalité sur les joueurs, en proposant que les joueurs de poker payent
l'impôt sur le revenu.
Seulement voilà, si le gouvernement venait à essayer d'imposer les joueurs, ces derniers auraient gain de cause grâce à la loi elle-même qui établit que toute somme obtenue par un jeu de hasard
n'est pas imposable. Le gouvernement parle donc maintenant de modifier la loi pour pouvoir imposer, en affirmant que "le facteur de hasard s'efface devant le savoir-faire de certains
joueurs".
Mauvaise réponse, étant donné que les opérateurs ont été clairs sur le sujet : soit la taxe est modifiée, soit ils se retirent du marché français. Quant aux joueurs, une écrasante majorité a déjà
pris sa décision : "si le poker en ligne devient imposable, soit j'arrête, soit je quitte le pays".
Une meilleure solution, pour tout le monde
Il serait tout à fait compréhensible pour chaque citoyen de penser que ces "menaces" soient signes de cupidité. L'argument semble correct : en temps de crise, il serait irraisonnable de diminuer
les taxes appliquées au poker en ligne. Et pourtant, c'est faux.
Tout d'abord car le poker en ligne ne dépend pas de l'État. Il repose sur des opérateurs qui doivent dégager un bénéfice, ainsi que sur des joueurs qui, pour être à l'aise au niveau de l'argent
du jeu, ne doivent pas sentir l'étreinte fiscale se resserrer sans arrêt. Il existe une notion capitale que chacun doit comprendre : sans les joueurs, les opérateurs ne font pas de bénéfice et se
retirent de France, et l'État cesse donc de percevoir l'argent généré, faute d'entreprises à taxer. Pour faire simple : il n'est pas possible d'imposer une industrie qui n'existe plus.
Or, la fiscalité actuelle nous emmène vers un retrait inévitable des opérateurs. La taxe est trop importante (aujourd'hui, 35%). Les "rooms" et l'ARJEL sont d'accord : il faut la
modifier et imposer le PBJ. Cela permettrait aux opérateurs de répartir la charge de la taxe de manière plus équitable, ce qui optimiserait la productivité du marché.
Ainsi, taxer le PBJ produirait les mêmes recettes tout en bénéficiant les "rooms" (malgré le fait que le taux actuel de la taxe serait toujours trop fort), à condition de faire en sorte
d'imposer le chiffre d'affaire et non le revenu, pour prévenir l'évasion fiscale. Si le gouvernement peut modifier la loi pour imposer le poker en se basant sur le fait que le savoir-faire de
certains joueurs diminue le facteur de hasard (faisant toujours du poker en jeu de hasard, soit dit en passant), pourquoi ne serait-il pas capable d'élaborer une loi qui permettrait de taxer les
opérateurs sur le PBJ tout en se protégeant de l'évasion fiscale ?
Sources : PokerStrategy // PokerNews